Le Québec déborde bien au-delà de ses cartes postales. Loin des grands axes, il cache des îles accessibles uniquement en canoë, des sommets de toundra alpine, un phare classé monument national et les ruines d’une abbaye trappiste au pied d’une cascade. Ces sept endroits demandent un peu de route et d’organisation, mais chacun offre ce que les circuits classiques ne donnent pas : la sensation d’être vraiment là, dans quelque chose de rare.
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Parc régional du Poisson Blanc : dormir sur sa propre île dans les Laurentides
À environ 1h30 au nord de Montréal, le parc régional du Poisson Blanc abrite un vaste réservoir parsemé d’une centaine d’îles. Plus de soixante emplacements de canot-camping rustiques y sont répartis sur des îles et presqu’îles : pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de réseau. Le bois de chauffage est livré directement par bateau-patrouille le premier soir, et chaque emplacement est privatif.
L’expérience se construit simplement : louer une embarcation sur place, choisir son site sur la carte, traverser, s’installer. On peut en explorer plusieurs avant de choisir. Le silence tombe très vite dès qu’on s’éloigne du débarcadère.
Si Montréal est votre point de départ, voyez d’abord ce qu’il y a à faire à Montréal avant de rallier les Laurentides.

Monts Groulx (Côte-Nord) : toundra alpine et caribous à 1 100 mètres
Les monts Groulx, aussi appelés Uapishka, comptent 42 sommets au-dessus de 1 000 mètres, dont le mont Veyrier, point culminant du massif à 1 104 mètres. Au-delà de 800 mètres d’altitude, la forêt boréale laisse place à un écosystème de toundra alpine rare à cette latitude : caribous et lagopèdes vivent ici en liberté, dans un silence presque total.
La traversée nord-sud couvre environ 45 à 50 kilomètres et se parcourt en 3 à 5 jours en autonomie complète, sans réseau ni infrastructure. C’est l’un des rares itinéraires au Québec méridional où l’on ressent véritablement l’immensité du territoire.

Île Verte (Bas-Saint-Laurent) : le plus vieux phare du Saint-Laurent
Posée à 2 kilomètres de la rive sud du fleuve, l’Île Verte est accessible par traversier de mai à novembre depuis la municipalité de L’Isle-Verte. Son phare, construit entre 1806 et 1809, est le plus ancien phare érigé sur le Saint-Laurent. Haut de 17 mètres, il est classé Lieu historique national du Canada depuis 1974 et abrite aujourd’hui un musée qui retrace l’histoire des familles de gardiens qui s’y sont succédé sans interruption jusqu’en 1972.
L’île est habitée à l’année, avec ses maisons de bois, ses chemins de terre et ses habitants. On vient ici pour ralentir, pour la lumière sur le fleuve et pour ce sentiment d’être au bout du monde à deux heures de voiture de Québec.

Parc national d’Aiguebelle (Abitibi) : deux milliards d’années sous les pieds
Situé en Abitibi-Témiscamingue, le parc national d’Aiguebelle repose sur des formations géologiques vieilles de plus de 2,7 milliards d’années. Son emblème est une passerelle suspendue à 22 mètres au-dessus du lac La Haie, dont la forme allongée témoigne d’une faille géologique nord-sud qui traverse l’ensemble du territoire.
Les sentiers alternent entre forêt boréale dense, lacs aux reflets miroir par temps calme et points de vue sur des escarpements rocheux d’un autre âge. C’est un parc géré par la Sépaq, peu connu hors de la région, qui mérite largement le détour depuis Rouyn-Noranda.

Barachois de Malbaie (Gaspésie) : le lagon aux 200 espèces d’oiseaux
Entre Gaspé et Percé, une flèche de sable de 5,8 kilomètres sépare le golfe du Saint-Laurent d’un lagon d’eau saumâtre presque immobile. C’est le barachois de Malbaie, reconnu Zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) à l’échelle internationale, avec plus de 200 espèces recensées au fil des saisons, dont plusieurs en situation précaire.
On marche des heures sur ce banc de sable, presque seul, avec le vent du golfe d’un côté et le silence du lagon de l’autre. La lumière change vite en fin de journée. Un paysage sans équivalent en Gaspésie.

Parc des Grandes-Rivières (Lac-Saint-Jean) : une chute de 30 mètres et des ruines trappistes
Au secteur Pointe-des-Pères, cinq kilomètres de sentiers longent les vestiges de l’abbaye trappiste fondée en 1892 par les Pères de Notre-Dame-de-Mistassini. La Chute Blanche, haute de 30 mètres sur la rivière Mistassini, dévale juste à côté. Cette rencontre entre eau et pierre en ruine donne au lieu une atmosphère singulière, difficile à trouver ailleurs au Québec.
Le parc s’étend sur près de 100 km², drainé par quatre grandes rivières boréales : Péribonka, Mistassini, Mistassibi et Ashuapmushuan. Un territoire encore très confidentiel du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le Pontiac (Outaouais) : la rivière des Outaouais dans son état le plus brut
À une heure à l’ouest de Gatineau, le Pontiac est une MRC coincée entre la rivière des Outaouais et le Bouclier canadien. Peu peuplé, presque sans infrastructure touristique, le territoire donne l’impression d’un Québec resté intact. La rivière des Outaouais y offre des rapides prisés pour le rafting et des centaines de kilomètres de routes de canoë en milieu sauvage.
Sur place, le pont couvert de Marchand, construit en 1898, est le plus long pont couvert du Québec. Les villages sont petits, l’histoire de la drave marque encore le paysage, et l’ensemble ressemble davantage au Grand Nord qu’à l’Outaouais des brochures touristiques.
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FAQ
Quelle est la meilleure période pour visiter ces lieux insolites au Québec ?
De mi-juin à mi-septembre pour la grande majorité des destinations. Les Monts Groulx se pratiquent idéalement en juillet-août, quand la toundra est dégagée et les caribous actifs. L’Île Verte est accessible par traversier de mai à novembre. La Gaspésie et l’Abitibi offrent aussi de belles fenêtres en septembre, avec moins de monde qu’en plein été.
Faut-il être expérimenté en canoë pour camper sur les îles du Poisson Blanc ?
Non. Le réservoir est calme, les traversées entre sites sont courtes, et des embarcations sont disponibles à la location sur place. Une première expérience de pagaie suffit pour rejoindre un emplacement et s’y installer. L’essentiel est de réserver à l’avance : les emplacements sur les îles partent vite en haute saison.
Comment accéder aux Monts Groulx depuis Montréal ou Québec ?
Les Monts Groulx se trouvent sur la Côte-Nord, à environ 6 heures de route depuis la ville de Québec. La traversée exige une autonomie complète : bivouac, vivres pour plusieurs jours, carte détaillée du massif. Il n’y a pratiquement aucun réseau sur l’ensemble du territoire.
L’Île Verte est-elle accessible toute l’année ?
L’île est habitée à l’année, mais le traversier ne fonctionne que de mai à novembre. En hiver, lorsque le Saint-Laurent est suffisamment gelé, la traversée peut se faire à pied dans certaines conditions. En dehors de ces fenêtres, l’île reste difficile d’accès pour les visiteurs.
Faut-il une voiture pour rejoindre ces destinations reculées du Québec ?
Oui, pour la grande majorité. Les Monts Groulx, l’Abitibi, le Lac-Saint-Jean et le Pontiac ne sont pas desservis par les transports en commun. La Gaspésie dispose d’une liaison en autocar depuis Québec, mais un véhicule reste indispensable pour rejoindre les sites naturels eux-mêmes.





